Le Cabaret des mauvais jours

-Spectacle déambulatoire en forêt-

mercredi 10 août

Arrivés aujourd’hui dans une nouvelle ville où poser notre art et nos bagages. Les arbres du petit bois seront notre toit pour plusieurs jours. La route à été longue. Sur le chemin nous avons trouvé un jeune vagabond qui mourait presque de faim. Une bouche à nourrir en plus pour Madame la Directrice, mais elle n’a pas manqué de remarquer ses quelques talents pour le spectacle. Il reprend des forces et ne manque pas d’audace. Il nous faut faire attention à lui, il est fougueux mais il ne connaît pas encore les colères de Madame.

 

Les amis sont dehors autour du feu, ils chantent et boivent pour se réchauffer l'âme et le corps 

Ces notes indiquent que le jour de la première Madame la Directrice nous présentera de la sorte : 

 

“Mesdames et messieurs je vous souhaite la bienvenue au Cabaret des Mauvais jours !

Entrez dans la forêt des artistes, faufilez vous entre ces arbres que j’ai fait pousser à la sueur de mon front et à l’or de mes pièces !

J’ai créé ici bien plus qu’un Cabaret,venez voir vivre et mourir, aimer et souffrir, comme on dit dans les chansons. Au fil de mes voyages, j'ai ramassé au bord de la route de pauvres vagabonds, des âmes égarées, des marginaux dont personne ne voulait et à force de travail et d'acharnement j'en ai fait des artistes.

 

Voici : 

 

Dimitri, le Magicien qui vous enivrera jusqu'à plus soif qui changera votre eau en vin et qui vous imbibera de bonheur.

 

Aristide, la splendide tragédienne, virtuose des mots, qui vous fera pleurer jusqu'à remplir toutes les bouteilles de mon Cabaret.

 

Balthazar, Le penseur sans mot, le philosophe à tout heure, mime émérite et professeur du silence, qui passe aujourd'hui même le flambeau à  son protégé, la prunelle de ses yeux, la chair de sa chair, le souffle de sa vie et le battement de son coeur : le jeune et trépignant Auguste que j'ai vu naître dans les coulisses de ce cabaret et que je fais naître sur les planches pour vous ce soir !


 

Enfin, je vous présente pour la première fois Petit Gus un marmot venu de nul part, un orphelin enroué qui braillait pour gagner sa croûte. Ma générosité n’ayant aucune frontière, désormais le ventre plein, il chantera pour vous ce soir !! 

 

Admirez les merveilles de la pauvreté, la splendeur de la misère : ma troupe !”

“Surtout ne copie pas les gestes que je fais !...
N'oublie pas que les professeurs sont tous mauvais
Et, quand on est doué, qu'ils sont des criminels,
Car ils n'enseigneront jamais
Hélas ! que leurs défauts !
Tous les gestes sont bons quand ils sont naturels...
Ceux qu'on apprend sont toujours faux !
Quand tu veux exprimer que tu vois quelque chose,
Une table, un fusil, une bague, une rose,
La lune ou le soleil... pour le faire très bien
Fais naturellement le geste qui te vient.

Adore ton métier, c'est le plus beau du monde !
Le plaisir qu'il te donne est déjà précieux,
Mais sa nécessité réelle est plus profonde...

II apporte l'oubli des chagrins et des maux,
Et ça, vois-tu, c'est encore mieux !
C'est mieux que tout, c'est magnifique et tu verras, tu verras ce que c'est qu'une salle qui rit,
Tu l'entendras !
Ça, c'est unique, mon chéri !”

jeudi 11 août

 

Nous jouons dans ce cabaret depuis plusieurs années, grâce aux textes librement inspirés des écrits de  : 

Jacques Prevert, Sacha Guitry, Louis Calaferte, Jerry Lewis, Jean-Paul Alègre, Charles Aznavour, Gael Faye, Charles Baudelaire, Michelle Bernard.

Mais la semaine prochaine c’est la première fois que Gaspard se produira devant le public. Nous avons du travail pour sa pantomime. Je songe déjà à ce que je vais lui dire ...

lundi 15 aout

La première est passée. 

Madame la directrice est de plus en plus dure.

Petit Gus est en larme. 

Dimitri s'enivre.

Aristide veut partir.

Mon Gaspard ne parle plus. 

Et quant à moi, Balthazar, pour ma dernière année je dois y croire. 
 

Nous devons faire troupe autour de l’envie et du besoin de jouer nos rêves, peu importe les conditions. Nous résisterons à notre échelle, en étant artistes dans un monde où la précarité est toujours plus forte, ou l’argent et l’individualisme font loi. Nous voulons développer des moments de théâtre qui sont des partages et des échanges sincères. Au milieu de notre époque peu reluisante il est d’autant plus vital pour nous de jouer et de donner. 

Il est nécessaire de faire troupe et de jouer, nous sommes une compagnie battante et pleine de rêves, sur scène nous sommes une image burlesque de nos vies.

Quand dehors et en soi ça ne va pas, il faut être ensemble et continuer à jouer, garder notre naïveté et notre enfance. 

Nous nous battons pour un art de qualité, pour notre liberté d’action et de parole, pour la reconnaissance et par amour de nos disciplines.  

Nous renversons l’autorité tyrannique, envers et contre tout le spectacle doit continuer ! 

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